Eric Puisais SCP

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Posté le: Lun 27 Jan, 2003 10:10 52 Sujet du message: L'utopie de T. More et l'idée de révolution, J.Y. Lacroix |
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Ceci est le réumé de la communication de M. J.-Y. Lacroix
Je me propose d’examiner ce que peut devoir à l’utopie l’idée de révolution à partir de du roman de Thomas More, L’Utopie (1516).
Deux axes principaux seront approchés : 1. Le rapport du réformisme au révolutionnarisme ; 2. Le statut de l’histoire. Il apparaît que chacun de ces points donne facilement lieu à des contresens : l’Utopie constituerait une condamnation absolue du réformisme ; elle présenterait le tableau d’une perfection intemporelle. Or, à y regarder de plus près, c’est premièrement aussi à l’affirmation d’améliorations partielles possibles d’un régime social mal fondé que tend, de façon certes « oblique », le jeu de renvois entre Raphaël Hythlodée, More-le-Personnage et More-l’auteur. L’idée de révolution, ici, a pour fonction d’indiquer une référence (agir pour se rapprocher, autant que faire se peut, d’Utopie, la cité parfaite, autre des sociétés humaines existantes) et une méthode (agir radicalement et systématiquement, y compris sur des moments seulement partiels de la réalité sociale globale). Et c’est, deuxièmement, le projet d’une histoire essentiellement humaine qui est dessiné dans le tableau des modifications collectivement voulues par les Utopiens, depuis qu’Utopie existe, et ce en une perfectibilité indéfinie qu’autorise la perfection de leurs institutions.
L’idée de révolution est alors, pour l’Utopie, adossée à celle de communisme, compris comme la condition d’une auto-organisation rationnelle humaine de la production de ce qui fait l’humanité des hommes : le travail, ainsi volontairement socialisé, est le principe utopique par lequel la société peut promouvoir le bonheur de chaque Utopien. La révolution en la matière ne conduit pas du mal au bien, mais d’une structure sociale qui nourrit le mal à une autre qui s’efforce d’en arracher les racines, et ce dans la pleine prise en compte d’une nature humaine maintenue : c’est avec les hommes tels qu’ils sont qu’Utopie est possible.
Ainsi située, l’Utopie doit être doublement référencée. D’une part, revendiquée platonicienne elle présente en fait une ontologie non-platonicienne : la description détaillée de la forme achevée d’Utopie ne sépare plus l’essence intelligible, finie, l’existence sensible et l’image. L’indétermination ne tient plus en conséquence à l’existence sensible elle-même, mais à l’imaginaire de la position d’une cité parfaite supposée, sans conditions effectives, en une indétermination que redouble le caractère « oblique » de l’écriture utopique. D’autre part, le pivot de l’Utopie est l’humanitas, qui vaut pour la Terre des hommes, mais qui s’ancre dans un Infini divin dont rend compte le christianisme fervent de son auteur. La transcendance, des Dialogues à l’Utopie, en passant par le platonisme chrétien, est donc concernée. L’idée de révolution peut en conséquence être abordée, d’une part dans le rapport de l’espérance religieuse à la conceptualisation philosophique, d’autre part dans celui de l’idéalisme au matérialisme.
Deux enjeux pour le XXIe siècle, sur cette base, peuvent sans doute être dégagés : les conditions philosophiques et théologiques de la laïcité, sachant qu’en Utopie règne la tolérance religieuse ; la mise aux dimensions de la socialité humaine du plaisir, « source unique ou principale » du bonheur utopique. _________________ Eric Puisais
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