djhaidgh Habitué
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Posté le: Lun 25 Juin, 2007 06:06 59 Sujet du message: Denys de Syracuse a-t-il réellement asservi Platon ? |
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~ Vers 388 avant JC : Denys de Syracuse réduit Platon à l’esclavage ?
Platon a quarante ans lorsqu’il gagne la Sicile, répondant à l'invitation de Denys 1er l'ancien, le puissant tyran de Syracuse. Il se lie avec les autres grandes figures de la cour, tels Denys le jeune, le fils du tyran, et surtout Dion, le beau-frère du tyran. Il se noua en effet un lien assez fort entre Dion et Platon (Plutarque, Vie de Dion, IV). « Dion, très ouvert à toutes choses et spécialement aux discours que je lui tenais, me comprenait admirablement, mieux que tous les jeunes gens que j’ai fréquenté. Il décida désormais de mener une vie différente de celle de la plupart des Italiens et des Siciliens en faisant beaucoup plus de cas de la vertu que d’une existence de plaisir et de sensualité. » (Platon, Lettre VII, 327a-b)
Malgré la tyrannie qu’exerçait son père sur la cité de Syracuse, le tout jeune Denys semblait ouvert, aux yeux de Platon, à la philosophie, capable « de dépasser les sophistes par ses talents et sa méthode de discussion » (Platon, Lettre II, 314d)… Dion, qui avait été charmé par les discours de Platon, incita celui-ci à faire de même pour Denys le jeune. « Dion pensait que l’état d’esprit de Denys s’expliquait par son manque de culture. Il conçut donc l’ambition de le lancer dans les passe-temps nobles et de lui faire goûter les conversations et les instructions morales, afin qu’il cessât de craindre la vertu et s’habituât à prendre plaisir au bien. » (Plutarque, Vie de Dion, IX). L’espoir de voir enfin réuni philosophie et pouvoir tenta Platon : « les maux ne cesseront pas pour les humains avant que la race des purs et authentiques philosophes n’arrive au pouvoir ou que les chefs des cités, par une grâce divine, ne se mettent à philosopher véritablement. » (Platon, Lettre VII, 326a). Platon en vint à se représenter « cet empire d’Italie et de Sicile et la puissance qu’il y avait, la jeunesse de Denys et son goût très vif pour la philosophie et la science, ses neveux et ses parents, si faciles à gagner à la doctrine et à la vie que je ne cessais de prôner, et tout prêts à faire pression sur Denys [l’ancien]. En somme jamais, plus qu’à présent, on ne pouvait espérer réaliser l’union dans les mêmes hommes de la philosophie et de la conduite des grandes cités. » (op. cit. 328a-b). L’admiration de Platon pour Denys devait être toute autre chose que de la naïveté. Il en fallait beaucoup plus au philosophe pour qu’on l’abuse de la sorte… Denys avait bel et bien des prétentions de philosophe et admirait les socratiques. Ce n’est pas un hasard si, après un règne de 12 ans, chassé de son trône, il devint maître d’école à Corinthe (Cicéron, Tusculanes, III, 12). Il expliquait ainsi que les leçons de Platon et d’autres philosophes lui permettaient de supporter sans peine ses revers de fortune (Plutarque, Apophthègmes des rois, 176d).
Pour toutes ces raisons, Platon ne pouvait refuser l’offre, sous peine de passer pour un « verbe-creux » plein de grands discours mais incapable d’agir.
D’après la Lettre I de Platon (mais qui est généralement considéré comme un faux), Platon aurait « été fréquemment préposé comme maître absolu à la garde de la cité » (309b) aussi bien que « le ministre favori de votre puissance » (309a). La Lettre III, plus précise et moins prétentieuse, rapporte que Platon aurait simplement écrit le préambule des lois, les lois elles-mêmes étant à la faveur du tyran.
En réalité Denys désirait redonner à sa cité la puissance que Syracuse avait perdue face aux Carthaginois. Pour cela, il entendait réorganiser le pouvoir, selon une constitution et peut-être transformer la tyrannie en monarchie. Le jeune Denys avait l’ambition de « relever les villes grecques de Sicile » et de s’établir en monarque sur toute l’île. Platon, dont la philosophie politique toute entière approuvait ce projet, estima cependant que Denys était encore trop peu instruit, trop jeune pour se lancer dans une telle entreprise. Le jeune tyran devait d’abord s’essayer à la vertu et à la science auprès du philosophe avant tout. (Platon, Lettre III, 319b-c)
Les différents commencèrent à naître sur plusieurs motifs :
· Cratistolos et Polyxène (sophiste qui aurait écrit contre la théorie platonicienne des Idées) rapportèrent à Denys qu’à Olympie, Platon et certains de ses amis auraient médit sur son compte. (Platon, Lettre II, 310c-d)
· L’Athénien aurait détourné Denys de son projet monarchique tout en y encourageant Dion (Platon, Lettre III, 315d)
· Enfin, d’un point de vue un peu plus philosophique, Denys reprochait à Platon de ne pas se montrer très prompt à lui enseigner la nature du « Premier » (Platon, Lettre II, 312e). Sans doute Denys voyait à cet endroit une nette volonté de ne pas l’instruire afin de laisser toutes les chances à son rival, Dion.
Le ton monte entre le philosophe et le tyran à tel point que Platon désire vivement quitter l’île et retrouver Athènes. C’est à ce moment que Denys se serait arrangé pour nuire à Platon. Voici deux versions :
Celle de Plutarque :
« La conversation s’étant donc engagée entre eux, le fond de la discussion porta sur la vertu, mais surtout sur le courage. Platon montra que les tyrans n’étaient rien moins que courageux ; puis, s’écartant de ce sujet, il s’étendit sur la justice et fit voir que la vie des justes était bienheureuse, et celle des injustes, malheureuse. Le tyran ne put supporter ces propos, qu’il jugeait dirigés contre lui, et ne cacha pas son mécontentement de voir les assistants accueillir avec admiration le discours du grand homme, qui les charmait. A la fin, au comble de la colère et de l’exaspération, il lui demanda : « Qu’es-tu donc venu faire en Sicile ? » — « Chercher un homme de bien ! » répondit Platon. Le tyran répliqua : « De par les dieux, il est visible que tu n’en as pas encore trouvé ! » Dion pensa que la colère de Denys s’arrêterait là ; et il renvoya Platon, qui était pressé de partir, sur une trière, qui ramenait en Grèce Pollis de Sparte. Mais Denys pria secrètement Pollis de faire mourir Platon, si possible, pendant la traversée ; sinon, de le vendre à tout le moins. « Cela ne lui fera pas de mal, disait-il, et, en tant que juste, il sera tout aussi heureux, même esclave. » Aussi Pollis se hâta, dit-on, d’aller vendre Platon à Égine ; car il y avait guerre entre Égine et Athènes, et un décret des Éginètes portait que tout Athénien pris sur leur territoire serait vendu. » (Plutarque, vie de Dion, V)
Et celle de Diogène Laërce :
« Il fit trois voyages en Sicile, d’abord pour voir l’île et les volcans, et invité par Denys, fils d’Hermocrate, tyran de l’île. Platon s’entretint avec lui de la tyrannie, et lui répétait constamment que ce qui n’était utile qu’à un homme n’était pas un bien, si cet homme n’était pas très vertueux. Par là il offensa Denys, qui se mit en colère et lui dit : « Tu me tiens des discours de vieillard ! » — « Et toi des discours de tyran », répliqua Platon. Là-dessus, plus irrité que jamais, le tyran s’élança pour le faire périr, mais sur la sollicitation de Dion et d’Aristomène, il se contenta de le remettre aux mains du Spartiate Pollis, qui se trouvait pour lors en ambassade en Sicile, pour le faire vendre comme esclave. Pollis emmena Platon à Égine et le vendit. […] D’aventure vint à passer devant lui Annicéris de Cyrène, qui le racheta pour vingt mines (d’autres disent pour trente) et le renvoya à Athènes, à ses amis. Ceux-ci remboursèrent aussitôt l’argent à Annicéris, qui le refusa en leur disant qu’ils n’avaient pas le privilège de prendre soin de Platon. » (Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, Platon)
Le problème majeur de ces versions est qu’elles sont extrêmement tardives (respectivement du Ier siècle et du IIIème siècle après JC). Et, le plus ambigü est sans nul doute le fait que Platon, dans les treize lettres qui nous sont parvenues, n’évoque jamais le fait qu’il ait pu être traité de la sorte. Seule la Lettre I, qui est considérée comme très certainement apocryphe, évoque le fait qu’il ait été « renvoyé le plus ignominieusement qu’il ne serait convenable de le faire pour un mendiant, et renvoyé par vous avec ordre de prendre la mer » (Platon, Lettre I, 309b). Cette lettre est aussi contradictoire puisqu’elle évoque une somme d’argent offerte à Platon par Denys pour le voyage…(309c).
Enfin, si on accepte l’idée suggérée par Diogène Laërce et Plutarque, encore que cela ne soit pas explicite, que cet épisode ce situe à la fin du premier voyage de Platon en Sicile, comment expliqué que, ayant été réduit à l’esclavage la première fois, Platon fasse de nouveau confiance au tyran et embarque deux autres fois pour la Sicile ?
Mais peut-être y-t-il d'autres sources que j'ignore ? Aristote mentionne-t-il cet épisode ? ou bien un philosophe de l'académie ou du Lycée plus tardif mais encore assez proche pour avoir pu apprendre cet évenement par ouï-dire ??? Si quelqu'un a des sources que je ne cite pas, je suis preneur... _________________ Pour une sociologie de la philosophie :
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