Eric Puisais SCP

Inscrit le: 30 Oct 2002 Messages: 28 Localisation: Chauvigny / Paris /Montréal
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Posté le: Dim 07 Sep, 2003 20:08 00 Sujet du message: Utopie ou Révolution - A. LABIB (résumé) |
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Ceci est le résumé de la communication de M. Abdelaziz LABIB (Tunis)
« Utopie ou / et Révolution ? » : si nous avons affaire ici à deux notions qui tendent, généralement, à s’opposer et s'exclure, il est des cas, néanmoins, où ils peuvent être rapprochés pour s’accorder et se compléter. La question de l'opposition ou de l'accord dépendra, d'un côté, des « faits » « choisis » pour leur pertinence dans l'histoire de la pensée, et, de l'autre, de l’angle de vue, de la mise en perspective et du mode d’interprétation.
L’utopie est, certes, un terme dont l’usage, même savant, est des plus polysémiques et ambigus. Aussi faut-il en préciser certains usages ainsi que le champ et les conditions d’application : il s’agira, donc, dans cette communication, d’un genre et d’un usage philosophiques précis. Ce qui constitue la valeur politique et l'intérêt philosophique de l’utopie, ce ne sont, ni les prétendues «espérance» et «anticipation» en elles-mêmes, ni le prétendu « rêve » en lui-même, mais leur mode propre de rationalité. Remarquons que la macro-histoire est loin d'être faite de révolutions permanentes; les moments patents, uniques, singuliers, mais imprévisibles - ne serait-ce dans les conditions et modes de leur déroulement - sont des moments rares; ce qui s'y joue, c'est l'instantanéité du sujet et de son histoire. Les moments de latence sont les plus longues périodes de l'histoire; ils se remplissent d’attente et de patience. Prise dans les limites de la simple anticipation sur le non-encore-advenu, l’utopie devient l’expression non-religieuse de cette latence même. Sous ce rapport, elle serait une révolution passive. L’idée de rupture radicale dont est porteuse l'utopie en tant que non-lieu la relierait à la révolution. Sous le rapports des faits de l’histoire des idées, le retour aux sources utopiques, dans les moments de grandes crises, révèle la relation complexe qu’entretiennent entre elles, en profondeur, utopie et révolution (notamment: 1789-1796; Années 1840; 1900-1917; Années 1950; Années 1970 et 1980)
A notre époque, le retour de l'Absolu annonce-t-il nécessairement la fin de la sécularisation ? Autrement dit, la religion serait-elle l'unique mère nourrice de l'Absolu? Et que dire de l'utopie? Ne serait-elle pas le pendant humaniste et séculaire de la religion ? Que serait l'Absolu auquel aspire l'utopie : l'absolu serait-il désir d'absolu, "désir d'éternité", désir de complétude, ou, au contraire, serait-il un Absolu objectivé, réifié ? La réponse, ici, est loin d'être univoque. On ne peut, dans les limites de ce propos, que donner l'esquisse d'une réflexion qui prend son point de départ dans la problématique blochienne.
L'utopie réinventée serait ce désir d'Absolu qui est au fondement de la quête philosophique : il faut que la mémoire retrouve le sens étymologique des deux termes que sont "philo" et "sophia". C'est la métaphysique elle-même, réinventée, qui se donne dans les prémisses ontologiques de la quête utopique. L'utopie de l'anticipation ne ferait que suggérer les épures "sensibles" d'un projet philosophique d’espérance rationnelle, schème de l'Idée, comme le dirait Kant.
Le règne des fins est une "illusion" nécessaire. Posé comme simple tension, comme besoin de la Raison, l'absolu métaphysique est dépouillé de toute objectivation aliénante. Il est sans statut ontologique réel. L'absolu métaphysique n'existe nulle part, du moins dans l'empirie. Comme l'utopie, il est un non-lieu. Ainsi entendue, la fin serait en nous : l'absolu utopique est mouvement sans repos, tension, désir. Mais comme cette image souhaitée est seulement pensable et non connaissable, elle fonctionne comme une anticipation : l'Ile déserte de Mably, l'Inconnu de Morelly, l'Inconditionné de Kant ou le Non-enocre-advenu de Bloch. C'est dans l'écart entre le connaissable et le pensable, entre les conditions objectives qui concourent à la détermination de la volonté et ce auquel elle prétend, que le concept de perfectibilité humaine aurait un sens. L'absolu utopique, représenté comme simple fin n'est, ni un objet, ni un terme, ni un achèvement; il est cheminement et "progrès". Dans un sens à la fois hypothétique et précis point de révolution patente sans longues périodes latentes (utopie). C’est ce moment utopique, pensée à même la raison dans son besoin d'inconditionné, qui circonscrirait la dangereuse mécanique où la révolution se présenterait comme une fatalité et finirait, conséquemment, par se retourner contre elle-même et se détruire. _________________ Eric Puisais
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