Eric Puisais SCP

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Posté le: Mar 18 Mar, 2003 13:01 19 Sujet du message: Dialectique et catastrophe... - Résume E. Chubilleau |
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Ceci est le résumé de la communication de M. Emmanuel Chubilleau
Dialectique et catastrophe: le socialisme français en 1900 et l’interprétation de l’idée de révolution
A la fin du xixe siècle en France, avec l’avènement de la IIIe République au terme d’un siècle de convulsions politiques et sociales contradictoires, l’idée de révolution, ou un éventuel “statut théorique” particulier de la Révolution française, n’occupent qu’une place extrêmement marginale parmi les débats intellectuels du temps. Là où il en est question, la philosophie hégélienne, l’œuvre de Marx et Engels, ou les débats de la IIe Internationale, ne sont investis, à l’exception des œuvres de Jean Jaurès, qu’à titre anecdotique, et de façon essentiellement négative. Un bref épisode intellectuel se noue cependant entre l’essor de la IIe Internationale (autour de 1890), et la crise du révisionnisme dans laquelle s’engage, à partir de 1898, le mouvement socialiste allemand (le “grand frère” d’alors).
La crise du révisionnisme affecte l’ensemble du socialisme européen, en mettant en question son “héritage marxiste”, et par là même ses objectifs de transformation sociale et politique. Mais le marxisme est alors loin d’être la référence dominante dans le mouvement socialiste hexagonal, en quête d’unité et en mal de théoriciens d’envergure, et le révisionnisme est principalement relayé en France par les adversaires du socialisme.
Georges Sorel (1) et Jaurès font exception, à des titres très différents. Le second semble se soucier avant tout de l’unité du mouvement socialiste, et n’opère, vis-à-vis des représentants français du marxisme, qu’en fonction de cet objectif (dans un sens de “conciliation”). Mais sur le plan proprement doctrinal, il ne semble pas avoir approfondi les recherches de sa thèse latine dans un sens propre à développer la (re)connaissance du hégélianisme ou du marxisme en France (2)… Tout en déclarant maintenir un lien problématique à Marx, Sorel produit quant à lui une lecture et donne un prolongement assez singulier à la crise: c’est à Engels seul que doit être attribuée une conception “catastrophiste” de l’avènement du socialisme, par voie de révolution, conception qui découlerait de son hégélianisme présumé, et de sa dialectique doublement disqualifiée comme “métaphysique” erronée et comme stratégie politique stérile.
Nous mettrons de côté la question de ce “marxisme” de Sorel pour appréhender la réfraction de cette crise en France selon une perspective de continuation d’une quasi tradition d’interprétation du hégélianisme, de sa logique (dialectique) et des postérités qui lui sont attribuées (Marx et Bismarck), ou comme un épisode d’un processus continu de neutralisation/rejet, initié au lendemain de 1848 et après la fin de la IIe République, des “tentations” à la fois socialistes et hégéliennes qui ont traversé la pensée française à ce moment. Nous nous attacherons en particulier à saisir quelles furent là les destinées de l’idée de révolution.
Nous prendrons pour témoin de ces continuités discrètes les écrits de Charles Renouvier, datés de 1842 à 1897 (3) et relatifs au hégélianisme et au socialisme. Ils rendent assez bien compte de ce processus, que l’on peut voir se poursuivre selon des modalités très voisines jusque dans des écrits aussi divergents que ceux de Sorel, du germaniste Charles Andler (4), ou d’autres théoriciens du socialisme “non-marxiste”, qui répéteront, entre 1890 et 1914, l’exclusion de la dialectique hégélienne et de sa “conséquence” marxiste, exclusion prononcée à divers titres par les philosophies spiritualistes et positivistes cinquante ans auparavant.
Transplantée en France, la crise révisionniste s’y confronte à l’appréciation souvent implicite (parce que longtemps réprimée) de la Révolution française, interprétée soit comme modalité d’un avènement (à la fois unique et universel), soit comme catastrophe (cycle ou rupture?), ou encore comme “mythe” (5): entre “métaphysique”, histoire et politique (v. Ch. Andler (6))… Est-il besoin de préciser que ce “débat” se déroule en marge (7) des institutions savantes de l’époque? En même temps, la “culture théorique” des principaux dirigeants et théoriciens socialistes d’alors reste profondément imprégnée par les “conceptions dominantes” de l’époque, qui, s’il était besoin de le rappeler, “sont toujours les conceptions de la classe dominante”.
La réfraction en France de la crise de 1898 permettra de révéler les liens négatifs, souvent implicites, qui s’établissent dans la pensée française, entre dialectique et révolution, deux objets qu’elle déclare également, et conjointement, “irrecevables”.
NOTES / ORIENTATION BIBLIOGRAPHIQUES
(1) Depuis “La crise du socialisme”, Revue politique et parlementaire, 1898, jusqu’à La Décomposition du marxisme, 1908.
(2) Jean Jaurès, v. en particulier le chapitre IV de la thèse latine, traduite peu après sa soutenance dans la Revue socialiste sous le titre “Les origines du socialisme allemand chez Luther, Kant, Fichte et Hegel”, en 1892.
(3) Ch. Renouvier, Manuel de Philosophie Moderne, 1842, Philosophie analytique de l’histoire, t. IV, 1897.
(4) Ch. Andler, Introduction et Commentaire historique, second volume qui suit la traduction du Manifeste du Parti communiste, 1901.
(5) Voir G. Sorel, Réflexions sur la Violence (1907), et l’ensemble des écrits de la période 1898-1908.
(6) “La conception matérialiste de l’histoire”, compte rendu par Ch. ANDLER des Essais sur la conception matérialiste de l’histoire du philosophe marxiste italien Antonio LABRIOLA, in Revue de Métaphysique et de Morale, 1897. Article qui se termine par l’expression forgée par ANDLER “la décomposition du marxisme.” expression reprise plus tard par SOREL.
(7) L’épisode de la réplique à la publication française des Essais de Labriola par E. Durkheim, Ch. Seignobos… parmi d’autres, reste lui-même tout à fait marginal et circonscrit: l’objectif des comptes-rendus en question étant justement de circonscrire, ou circonvenir la pénétration du marxisme dans le milieu intellectuel. _________________ Eric Puisais
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