Eric Puisais SCP

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Posté le: Lun 27 Jan, 2003 11:11 02 Sujet du message: Quelle idée de rév. chez les économistes ?, S. de Brunhoff |
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Ceci est le résumé de la communication de Mme Suzanne de Brunhoff
Quelle idée de révolution chez les auteurs économistes?
S. de Brunhoff
On interroge ici des théoriciens d’écoles différentes : économie politique classique (Adam Smith) , néo-classique (Walras) , école autrichienne( Hayek), Marx , Keynes . Tous sont contemporains du capitalisme en ses différentes époques, du 18° siècle au 20° siècle .Leurs idées animent encore des discussions en ce début de 21° siècle . Ce retour sur l’histoire des idées tient à la particularité de la théorie économique du capitalisme par rapport aux « sciences de la nature » qui pourtant lui servent souvent de référence. On n’imagine pas que les étudiants de physique se réfèrent à Newton pour comprendre Einstein, alors que les étudiants en économie lisent aujourd’hui Marx ou Keynes quand ils ne se contentent pas de la théorie néo-classique des prix d’équilibre des marchés pour analyser le capitalisme
Cependant l’idée d’un changement théorique, voire d’une re-fondation ou d’une révolution théorique de l’analyse du mode de fonctionnement de l’économie- est présente , chez les grands économistes et dans les écoles de pensée qui en sont les héritières. Chacun des auteurs évoqués plus haut se présente comme le fondateur ou le rénovateur d’une analyse scientifique des lois de l’économie , en se situant par rapport aux auteurs précédents ou aux contemporains. L’enjeu n’est pas seulement théorique. En exposant la science des activités économiques des hommes , les auteurs veulent éclairer les politiques des gouvernements, auxquels sont proposées des règles de gestion des ressources économiques nationales qui soient conformes à la nature des choses. L’économie appliquée, ou sociale, guide des politiques , serait ainsi fondée sur une théorie scientifique des contraintes économiques naturelles à respecter . C’est par rapport à ce naturalisme , et aux règles politiques qui doivent s’en inspirer , que sera examinée la portée de la rupture théorique opérée par Marx, et celle de la contribution de Keynes .
Dans la perspective naturaliste dominante, l’idée de révolution politique et sociale n’a pas de place autre que celle d’ une rupture contingente et illégitime d’un système économique auto-régulateur qui a ses propres norme de fonctionnement .. Il y a des lois naturelles qui déterminent les activités productrices des individus, et qui coordonnent leurs relations d’échange, ainsi que la distribution des revenus et des richesses. Enfreindre ces lois par une révolution , ce serait introduire , par la violence, de l’arbitraire et du désordre, , sanctionnés par la ruine de l’économie et de la société.
Ce naturalisme explique pourquoi, , malgré la différence considérable de leurs théories de la valeur économique , Walras considère Adam Smith comme le père fondateur de l’économie scientifique du capitalisme :ce serait Galilée avant Newton . Il y aurait à la fois une accumulation progressive du savoir et des révolutions scientifiques de la théorie économique , de façon analogue à l’évolution de la physique ou de l’astronomie Référence illusoire cependant, , puisque chaque auteur doit commencer par re-définir sa conception des acteurs de l’économie et de la coordination de leurs activités.
L’idée dominante chez la plupart des économistes qui analysent le système capitaliste depuis le 18° siècle, est donc celle d’ « un ordre naturel » de l’économie, qu’il faut connaître pour en respecter les lois , aussi contraignantes que celles de la pesanteur et de la gravitation. en physique. L’appropriation individuelle des biens et la propriété privée sont une de ces données qui déterminent la conduite humaine et fondent la production décentralisée de marchandises et les échanges sur les différents marchés . La métaphore de « la main invisible » utilisée par Adam Smith au 18° siécle, est restée une référence explicite au 20°siècle pour désigner la coordination « naturelle » ,par les échanges marchands ,des activités économiques individuelles de tous les propriétaires privés d’un bien offert et demandé , vendu / acheté aux prix des marchés. Le travail ,en ce qu’il est la propriété des travailleurs, est aussi un donné patrimonial .
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Rejeter , voire stigmatiser les révolutions sociales, se comprend dans cette perspective naturaliste. de l’économie Cependant la régulation naturelle des comportements économiques individuels co-existe avec l’action politique d’ Etats nationaux. Ici apparaît l’autre face des théories économiques naturalistes :l ‘indispensable évaluation du rôle de l’Etat pour en éviter l’arbitraire et le réguler au mieux.. Car l’Etat prélève des ressources économiques pour ses dépenses administratives , il s’approprie une partie des biens économiques privés. Il émet des réglementations contraignantes qui limitent les libertés individuelles Ses employés sont rémunérés alors qu’ils ne font pas un travail productif de richesses L’arbitraire public risque de fausser le jeu naturel de la main invisible. Pour le tempérer, il faut l’identifier, et distinguer le rôle indispensable de l’Etat de ses interventions nuisibles pour l’économie.
C’est en ce sens que le réformisme accompagne le naturalisme dans les conceptions des économistes dominants : étant donné un système économique auto-régulé, quelles sont les règles qui doivent guider les dépenses, la fiscalité, les mesures législatives ou administratives de l’Etat ?Les économistes dominants se sont vus comme les conseillers scientifiques des princes bien avant qu’on ne parle de politique économique ou monétaire fondée sur l’expertise de corps constitués..
Ce qu’on appelle le « libéralisme » économique des grands théoriciens du capitalisme, au 18° et au 19° siècle, est alors à préciser. D’une part « le laissez-faire –laisser - passer » est dominant . Sont critiqués les privilèges accordés à des sociétés commerciales, les monopoles, les associations ouvrières, les droits de douane et les contrôles de la circulation internationale de l’or et de l’argent . Toutes ces tolérances ou réglementations publiques faussent les lois économiques naturelles et devraient être supprimées. Mais la discussion des dépenses de l’Etat , et de la répartition des impôts entre les différents types de revenus, est constante, et elle suscite des propositions de réformes qui ne relèvent pas de la simple limitation ou de la suppression des interventions de l’Etat. C’est aussi le cas de la pratique monétaire de la Banque d’Angleterre , « cette institution « mi-sociale mi-privée » selon Marx . Sa gestion de la circulation monétaire est l’objet de multiples propositions de réformes, car son rôle, considéré comme naturel, est aussi l’objet de mesures publiques . Il n’y a qu’un petit groupe d’économistes ultra-libéraux qui ait demandé sa suppression, sans convaincre les principaux tenants du libéralisme, à la recherche de la meilleure politique monétaire possible..
La conjonction du naturalisme et du réformisme dans les théories économiques dominantes est l’objet principal des notes qui suivent , en la rapportant à l’exclusion de l’idée d’une révolution politique et sociale qui remplacerait le capitalisme par un autre mode de production et de distribution des richesses .L’exposé est inspiré par des analyses critiques issues de Marx, mais aussi par le destin ultérieur du marxisme, ainsi que par celui du réformisme keynésien, notamment à propos des notions de « Welfare State » (« Etat providence ») et de planification économique. _________________ Eric Puisais
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