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Le Forum du CERPHI Centre d'Études en Rhétorique, Philosophie et Histoire des Idées
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jajamd Habitué
Inscrit le: 31 Oct 2004 Messages: 6
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Posté le: Dim 31 Oct, 2004 14:02 26 Sujet du message: Faites moi part de vos remarques |
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Bonjour,
Je suis conscient que le forum n'est pas réellement approprié, mais j'aimerais toutefois que vous jetiez un rapide coup d'oeil sur mon travail... (plan détaillé dépourvu d'intro et de conclusion)
Je dois traiter le sujet "La conscience peut-elle nous tromper?"
Ayez la dent dure !
Merci !
Le champ sémantique du mot « conscience » permet d'ouvrir la voie à un plan
analytique.
I)Conscience comme sens moral (le plus évident à traiter):
- constitue le droit naturel (ce que la conscience reconnaît comme
moralement fondé), lui même traduit dans le droit positif (un ensemble de
règles en vigueur dans une société)
- le droit naturel peut aller à l'encontre:
*de la raison, en tant qu'elle échappe aux motivations purement
psychologiques: ex, la politique de Machiavel ? sacrifier un homme pour en
sauver dix.
*de l'ordre du coeur: l'objet de l'amour est un interdit social (eg:
l'inceste).
* d'autres suggestions?
Ainsi la conscience morale tromperait le sujet puisqu'elle tairait son
affectivité et limiterait l'intrusion de la raison pure dans le jugement.
Mais globalement, le sens moral, acquis culturel, nous met à distance d'une
nature humaine peu flatteuse: l'agressivité du ça (Freud)
On pourrait certes y opposer la thèse de Rousseau, pour qui l'homme est
naturellement bon, et son sens de la justice « inné ».
II)Conscience comme présence au monde:
Problématique soulevée par la volonté de penser notre « être au monde »:
- Duperie dans le rapport de la conscience à elle même? (le cogito
cartésien)?
- Duperie dans le rapport de la conscience aux choses (intentionalité)?
- La conscience, duperie puisque déterminée?
* La conscience ne peut guère nous tromper (quelle originalité!)
a) Le cogito: la conscience est la seule certitude qui échappe au doute.
b) L'intersubjectivité (Husserl) rétablit l'objectivité: Ma perspective est
une participation à une intercorporeité accessible à Autrui, qui par la
subjectivité qu'il pose, ouvre la voie de l'objectivité.
c) L'inconscient psychique se heurte à la logique pure (pour Alain, désir
inconscient, donc inconnu, donc non susceptible d'être refoulé)
* La conscience peut nous tromper
a) Virulente attaque Nietzschéenne du cogito:
- « Je pense, je suis » présuppose le langage comme valeur commune, or
pourquoi ce dernier ne tomberait-il pas sous le coup du « mauvais génie »?
- « Je pense » : Rien ne prouve la relation du sujet et de l'action de
penser.
D'une manière générale, toute conscience est comédie, tromperie, et le sujet
est condamné à n'être ce qu'il n'est pas: L'homme est un être « pour soi »,
la conscience humaine est présence à soi (représentation impossible, le soi
ne pouvant échapper au soi, intervient la subjectivité et donc la
tromperie) et ne peut jamais coïncider avec elle même. Conception
Sartrienne).
Enfin, une pensée quelque peu marginale mais très utile, celle de
l'empirisme: Le moi n'est en définitive qu'une illusion, un flux chaotique
d'impressions rendues par nos sens et organisé par une succession
opérations psychiques originales.
b) Notre perception est phénoménale (Kant), le monde en soi (noumène)
échappe à toute représentation; N'est accessible que le monde « pensé » tel
qu'il est construit par le sujet, et c'est là le sens de l'expression
« Rien ne m'est donné, tout est construit », de Bachelard. On peut donc
dire que la perception, en tant que altérité et donc mode de la conscience
de soi (le moi se révèle dans l'effort pour Maine de Biran, ou dans la
lutte ? dialectique Hegelienne) et d'autrui, est par essence tronquée: Elle
est d'une part limitée par nos organes des sens, et s'avère d'autre part
une expérience tout à fait subjective déterminée entre autre par
l'enracinement du corps dans le monde (Phénoménologie Husserlienne de la
perception).
c) Comment expliquer les actes manqués, les lapsus? Le Moi n'est pas maître
dans sa propre maison (Freud).
De même pour Spinoza « l'idée du libre arbitre [tiré de la conscience] n'est
que l'ignorance des causes qui nous font agir ». On peut entendre par cause
nombres de facteurs comme par exemple l'éducation, l'inconscient collectif
voire même les psychotropes. |
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MJP Habitué
Inscrit le: 24 Oct 2004 Messages: 8
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Posté le: Dim 31 Oct, 2004 22:10 40 Sujet du message: De quelle conscience s'agit-il? |
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Que se passe-t-il quand nous nous demandons si la conscience peut nous tromper?
Est-ce que nous sortons du champ de la conscience quand nous nous donnons les moyens de rectifier les erreurs dont elle est la responsable?
Ou, pour dire les choses autrement, quelle est la pertinence de la disctinction faite par Husserl entre conscience empirique et conscience transcendantale?
Quelle conscience nous trompe? Quelle conscience est "au travail" quand nous nous demandons si la conscience peut nous tromper?
Toutes les erreurs sont elles de même espèce?
1 Certaines personnes ont commis des erreurs judiciaires "en leur âme et conscience". Quelle analyse peut-on alors faire?
2 Il faudrait refaire le chemin qui mène des premières certitudes au doute, au doute radical puis à la fondation... Et là il faudrait comparer la critique nietzchéenne du cogito à la lecture que fait Husserl des Méditations.
3 Est-ce seulement par la conscience transcendantale que nous pouvons nous prémunir des sortilèges de la conscience empirique?
Quel serait alors le rôle du "travail théorique" sur les concepts? Et là il faudrait tenter d'éclairer ce qu'il en est de l'histoire et comment sa pensée peut nous aider à comprendre certaines des illusions de la conscience.
Il ne s'agissait que de quelques remarques... |
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MJP Habitué
Inscrit le: 24 Oct 2004 Messages: 8
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Posté le: Lun 01 Nov, 2004 12:12 07 Sujet du message: Bibliographie |
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| Vous trouverez de précieuses indications à l'entrée "conscience" du Vocabulaire européen des philosophies. (Dir. Barbara Cassin - Seuil/Robert) |
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jajamd Habitué
Inscrit le: 31 Oct 2004 Messages: 6
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Posté le: Lun 01 Nov, 2004 15:03 10 Sujet du message: |
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Votre aide m'a été précieuse ! Subsistent toutefois quelques questions, auquelles les documents disponibles sur Internet n'ont pas apporté de véritables réponses... Je sais que rien ne vaut le support papier, mais je compose avec les moyens du bord!
La conscience transcendantale renverrait à l'hypothèse d'une conscience pure (épurée de toute donnée sensible).
La conscience empirique, au contraire, se voudrait la réalité observable.
Le glissement ne pourrait s'opérer que par la méditation?
J'ai pu lire que :
"La Méditation Transcendantale est une technique qui nous permet d'augmenter notre attrait pour chaque aspect de la vie. En tirant la flèche en arrière, nous accumulons une plus grande force. La MT amène l'esprit vers le domaine du silence intérieur qui est une réserve infinie de créativité, d'intelligence et de dynamisme. Si nous voulons que notre esprit devienne plus efficace, il suffit simplement de l'amener jusqu'à sa propre source, la conscience transcendantale. À partir de là, il va acquérir une force immense et chaque pensée pourra alors se réaliser facilement"
La conscience transcendantale est-elle vraiment accessible, ou n'est-ce là qu'un discours fallacieux, purement "marketing" d'un illuminé (au sens théologique du terme)?
Et enfin, la conscience transcendantale peut-elle se penser indépendamment d'autrui, ou n'est-elle pas le coeur même du concept d'intersubjectivité? Ou ce dernier ne serait-il qu'une des nombreuses portes vers cet état de conscience pure? |
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jajamd Habitué
Inscrit le: 31 Oct 2004 Messages: 6
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Posté le: Lun 01 Nov, 2004 15:03 40 Sujet du message: |
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Je voulais également revenir sur votre premier point:
"1 Certaines personnes ont commis des erreurs judiciaires "en leur âme et conscience". Quelle analyse peut-on alors faire?"
On peut en déduire la conscience morale n'est pas à blâmer pour nos erreurs, au contraire de la matière sur laquelle elle s'exerce... Une connaissance partielle des faits trompera notre sens de la justice... Mais une connaissance holistique du monde étant impossible, on peut dire que notre sens de la morale repose sur un équilibre fragile et surtout sur une intuition du bien et du mal, plus que sur une certitude.
L'expérience est donc la condition sine-qua-none du jugement moral... La conscience morale et la conscience empirique sont interdépendantes, et l'on peut donc supposer que la conscience transcendantale échappe à la morale...
Cette remarque est-elle à côté de la plaque? |
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MJP Habitué
Inscrit le: 24 Oct 2004 Messages: 8
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Posté le: Lun 01 Nov, 2004 15:03 56 Sujet du message: Justice... |
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Non, ce n'est pas à côté de la plaque.
Mais la question que vous évoquez ne concerne qu'une classe de cas. Vous partez du principe que la conscience morale a toute autorité et que c'est à cause de l'insuffisance des données qu'elle est amenée à se fourvoyer.
Ceci, encore une fois, décrit assez bien une classe de cas.
L'autre classe serait constituée par ces cas où c'est le recul historique qui permet de révéler à quel point la conscience morale était intrinséquement présomptueuse. Par exemple, et il est vrai que l'exemple est spectaculaire, à certaines époques la conscience morale était persuadée que les châtiments corporels, parfois horribles, constituaient une juste punition. La question de la condamnation à mort est un bon terrain pour explorer la problématique. (Etre un assassin... à bonne conscience... morale...)
J'ai trouvé dans le dico. européen mention de la doctrine de Hobbes pour lequel la conscience n'était pas autre chose qu'une connivence... Sans être hobbesien il y a là une piste importante.
Il faudrait regarder du côté de Foucault... pour comprendre comment la conscience morale est en réalité tributaire de dispositifs symboliques et discursifs... Ce n'est pas pour rien que Foucault a essayé une "pensée du dehors"... Il est vrai que, ici, il a été trés influencé par Nietzsche.
Quant à la conscience transcendantale... cela pose le problème de la constitution des procédures à l'oeuvre par exemple en logique et en mathématique pour circonscrire des domaines d'établissements de propositions vraies.
Il faudrait bien se concenter sur la dualité husserlienne entre moi empirique et moi transcendantal. Mais des penseurs comme Foucault ont bien saisi certaines des limites de la phénomènologie. |
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jajamd Habitué
Inscrit le: 31 Oct 2004 Messages: 6
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Posté le: Lun 01 Nov, 2004 16:04 52 Sujet du message: |
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Ce que Foucault nous apprend, en définitive, c'est que la conscience morale serait une contingence historique et notre propension à naturaliser la vertu nous conduirait à leur donner un caractère universel...
Pour illustrer cette vérité, on peut dire que la morale occidentale trouve sa racine en des concepts métaphysiques (liberté, intériorité etc.) n'ayant aucun sens pour la civilisation chinoise par exemple...
La qualité morale relève d'une réalité idéale que nous cherchons à retrouver au moyen d'un vécu subjectif... Il s'agit donc bien d'une recherche, d'une introspection, dont la finalité est conditionnée par des réalités historiques et sociales (châtiment) et qui peut être engagée sous l'autorité d'autrui (le procès)
Vertu: Honnêteté
Le procès confond la crapule et le sanctionne
Réalité historique et sociale: L'honnêteté des individus assure le respect de l'intérêt commun.
Pour en revenir au sujet, "La conscience peut-elle nous tromper", je dirais dans une première partie que la conscience morale n'est pas, comme Rousseau l'affirme, un principe inné, mais une construction de toutes pièces, le reflet de l'histoire et d'instances sociales que le sujet ne soupçonne que rarement... et l'ignorance de ces causes nous mène parfois à manquer de discernement, et nous pousse vers l'erreur.
Qu'en pensez vous? |
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MJP Habitué
Inscrit le: 24 Oct 2004 Messages: 8
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Posté le: Lun 01 Nov, 2004 18:06 02 Sujet du message: Encore une question |
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D'accord, donc, pour distinguer entre
1 Des erreurs de jugements
2 Des préjugés (peut-on, doit-on se passer de tout préjugé?...)
3 Des évidences, des "connaissances immédiates"... ---> Bachelard et les ruptures épistémologiques etc.
Et les formes historiques du partage entre erreur et vérité; folie et raison; bien et mal etc... Ne pas oublier ce bon Spinoza à propos du bien et du mal...
Cela étant dit la question peut se poser de savoir si tout est réductible à des codes socio-historiques...
Un auteur allemand contemporain dont je ne sais plus le nom rappelait dans une étude sur la morale que, dans toutes les sociétés, la souffrance et la cruauté exercées sur les enfants inspire le dégoût et la révolte.
Et puis, aussi, on pourrait se souvenir de ce que dit Hannah Arendt sur le bon sens... Conscience et bon sens?... Les systèmes totalitaires prolifèrent en rendant absurde l'exercice du simple bon sens... Par exemple en pratiquant l'extorsion d'aveux de crimes littéralement insensés... "Oui oui, bien sûr, mon voisin se livrait à des activités contre-révolutionnaires..." Qu'arrive-t-il au bon sens de cette personne, et à sa conscience, dés lors qu'elle est "invitée" à témoigner de cette manière... et pour éviter elle-même la répression?
1 La conscience serait tributaire des dispositifs symboliques, des codes et des lignes de partage...
2 Mais, précisément, il arrive aussi que cette même conscience subvertisse ces codes et ces lignes... Par exemple en faisant l'expérience d'une amitié ou d'un amour envers un membre d'un groupe "diabolisé". |
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jajamd Habitué
Inscrit le: 31 Oct 2004 Messages: 6
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Posté le: Mar 02 Nov, 2004 16:04 34 Sujet du message: |
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Ouf, je pense avoir terminé le devoir... Si ce n'est qu'il manque encore la conclusion... J'ai repris le plan que vous m'aviez suggéré sous la forme d'amorces pour chacun de mes paragraphes...
Voici la catastrophe !
La conscience peut-elle nous tromper?
Le champ sémantique du mot conscience est particulièrement dense en français, et permet de distinguer d'une part la conscience morale, qui permet à l'homme de porter des jugements normatifs immédiats fondés sur la distinction du bien et du mal et dont on déterminera les limites, et d'autre part la conscience comme la connaissance de son état de présence au monde. Sa qualité d'être « pour soi », largement développée par Sartre dévoile pléthore de problèmes apparemment insolubles: La pensée existentialiste nous apprend que la conscience humaine est d'abord présence à soi et se dérobe ainsi à toute représentation, le soi ne pouvant échapper au soi... Dès lors ne serait-il pas chimérique d'envisager un dépassement de la conscience, une projection vers un au delà qui nous permettrait non seulement de stigmatiser les duperies dont elle est responsable mais aussi de les corriger? Même en supposant que je prenne conscience de mes « erreurs », à travers le discours d'autrui, en tant qu'il serait « le médiateur entre moi et moi même » (Sartre), je me verrais condamné à n'être pas ce que je suis et ne pourrais que jouer à être ce que je ne suis pas. En effet, je suis un grand timide; Le regard de l'autre me réifie, me transforme en chose, et m'enferme dans cette essence « d'être timide », si bien qu'il est permis au « je » de prendre conscience que le « moi » est timide; Mais c'est là ne plus être timide de façon aussi innocente... Notre conscience, en plus de nous échapper, nous sépare de nous même. Ce constat appelle donc une forme de transcendance: Sur quels éléments pourrait-on baser l'hypothèse d'une conscience pure, impersonnelle, épurée de toute donnée sensible, condition même de l'objectivité (Husserl l'appellera conscience transcendantale) et d'une conscience qui se voudrait réalité observable (conscience empirique)? Dans quelles conditions ce glissement peut-il s'opérer? La confirmation de cette hypothèse saurait-elle rendre compte d'erreurs particulières, comme les actes manqués ou les lapsus? Ne faut-il pas y voir au contraire le résultat de déterminismes psychologiques et historiques (historicisme) afin de cerner certains mécanismes illusoires de la conscience?
Pour déterminer si la conscience morale est susceptible de nous fourvoyer, il convient d'en étudier les qualités extrinsèques, c'est à dire son rapport avec la matière sur laquelle elle s'exerce. L'expression triviale « en mon âme et conscience », qui signifie ordinairement en toute sincérité, est sujette à caution: Un juge peut tout à fait commettre une erreur judiciaire en son âme et conscience, et imputer la cause de sa bévue sur une connaissance partielle des faits; Il va sans dire qu'une connaissance holistique (complète)du monde est impossible, et donc que notre sens de la morale repose sur un équilibre fragile et surtout sur une intuition du bien et du mal, plus que sur une certitude. S'en tenir à ce constat reviendrait à déférer toute autorité à la conscience morale, à l'élever au rang du divin...
Foucault tentera de mettre en lumière les fondements de la morale (une démarche tout à fait Nietzscheenne) pour conclure qu'il ne s'agit en définitive que d'une contingence historique (qui « est » mais qui aurait tout aussi bien pu « ne pas être ») et dénoncer notre propension à naturaliser la vertu pour lui donner un caractère universel...
On constate par exemple que la morale occidentale trouve ses racines en des concepts métaphysiques (liberté, intériorité etc.) n'ayant aucun sens pour la civilisation chinoise par exemple...
La qualité morale relève d'une réalité idéale que nous cherchons à retrouver au moyen d'un vécu subjectif... Il s'agit donc bien d'une recherche, d'une introspection, dont la finalité est conditionnée par des réalités historiques et sociales (d'où les notions de châtiment et d'éloge) et qui peut être engagée sous l'autorité d'autrui (c'est tout l'objet du procès).
Supposons un homme accusé de vol; La cour de justice, dont le but est de traduire le droit naturel (ce que la conscience est censée reconnaître généralement comme moralement fondé) vers le droit positif (l'ensemble des règles en vigueur dans une société), confond la-dite canaille et la punie sévèrement... Ce jugement est déterminé par une réalité sociale, qui a pu être observée au cours de l'histoire: L'honnêteté des individus assure la cohésion et le respect de l'intérêt commun.
On voit bien que la conscience morale n'est pas, comme Rousseau l'affirme, un principe inné de justice et de vertu mais bien le reflet historique d'instances sociales qui, si ignorées du sujet, lui soustraient le discernement nécessaire à l'édification de l'objectivité et le poussent parfois vers le fanatisme. Ce déterminisme n'est donc pas pour autant un fatalisme puisqu'une connaissance rigoureuse de l'objet du jugement et des causes qui nous font agir, pour détourner la célèbre maxime spinoziste, permettent de limiter la présomption de notre conscience morale.
La conception de cette dernière, tributaire de la dynamique socio-historique (frontières érigées entre bien et mal, vérité et erreur etc.) et du donné factuel ne saurait tout expliquer. La conscience est bien souvent victime d'entreprises subversives qui la dépouillent de sa « naïveté » première (formulée en termes husserliens): L'aliénation de l'homme par l'homme (le cas des régimes totalitaires) ou de celui-ci à la matière (la douceur des paradis artificiels) rendent l'exercice du bon sens improbable et les duperies légion.
L'idée que la perception nous trompe sans cesse, en tant qu'elle est une expérience tout à fait subjective déterminée par l'enracinement du corps dans le monde, que le monde pensé est avant tout une pure construction du sujet qui n'y retrouve que ce qu'il y a mis, ouvre la voie à une possibilité de mise en parenthèses de toute connaissance vis à vis du monde objectif; C'est dans cette perspective que Descartes pensait pourvoir les sciences d'un fondement absolu à partir d'un savoir apodictique (une évidence), traduite dans la célèbre expression: « Cogito ergo sum ». Outre la virulente attaque Nietzschéenne qui ne voit rien susceptible de justifier la relation du sujet et de l'action de penser, on peut se poser la question du dépassement du doute méthodique, de sa nécessaire radicalisation; Il faudrait là une pensée qui fasse abstraction de la thèse de l'existence du monde dans son être, et qui ne se contenterait pas de la présupposer. Au doute cartésien, Husserl substituera l'époché, comme la suspension de « notre foi en l'être », en ce que l'on perçoit naïvement (en d'autres termes, la conscience empirique) en vue d'une purification transcendantale. Bien que le philosophe * parle de démarche scientifique, la pensée asiatique fait largement état de la méditation comme la clef de la conscience transcendantale. La réduction phénoménologique est une entreprise longue et laborieuse, censée aboutir à au détachement de toute émotion et concept, qui transcende les limites mêmes du langage qu'on perçu les néo-cartésiens en invalidant son existence propre. Elle engage la mort du moi psychologique, la mise à nue de la conscience, et de fait semble s'apparenter à un projet chimérique, la table rase étant empreinte de patience et de sacrifice. La phénoménologie transcendantale de la conscience s'avère être une expérience indicible, silencieuse, puisqu'elle donne lieu à un état de trans-langage, en amont de toute pensée, dans le lieu même du monde-phénomène (le monde n'est plus vu que comme phénomène transcendantal induisant le principe d'intersubjectivité) réduisant ainsi le cogito au statut d'objet. S'il est impossible de décrire avec précision le « Je » transcendantal dont nous parle Husserl, on peut toutefois affirmer qu'il s'ouvre sur une vacuité intemporelle pour devenir « l'homme intérieur » et s'émanciper de la dictature de la connaissance.
Mais cette quête, telle qu'elle nous est décrite, est-elle l'unique moyen de s'affranchir de toutes les sorcelleries de la conscience empirique? L'homme n'est-il pas sous le joug d'un déterminisme quelconque? Le temps nous livre-t-il tous ses secrets? Alors qu'en histoire, les conceptions religieuses du temps et leur dimension eschatologique avaient déjà pu rendre compte de la volonté d'inscrire les affaires humaines dans un ordre providentiel (l'exemple du jugement dernier), la philosophie de l'histoire naît véritablement avec Kant, qui pense même être en mesure d'établir un principe universel d'intelligibilité qui dévoilerait l'orchestration des évènements. L'historicisme conféra d'abord un sens métaphysique à l'histoire, en l'inscrivant dans le plan d'une Providence Divine (Bossuet) qui aurait crée le meilleur des mondes possibles, à défaut de le rendre parfait (Leibniz). Hegel au contraire, lui conféra un sens rationnel: L'histoire serait gouverné par la Raison, et cette dernière se réaliserait à travers les jalousies et intérêts individuels. Le fait premier n'est ni l'individu, ni son destin propre, mais l'esprit du peuple que les Grands hommes se chargeront de fédérer pour réaliser l'Etat, soit la liberté. L'on pourrait certes s'indigner du peu d'estime que cette conception porte à l'être singulier: En effet notre conscience n'est-elle avant tout pas le fruit d'un déterminisme social? L'existence sociale détermine la conscience des individus et les rapports de production doivent aboutir à une révolution, conclue Karl Marx en nous permettant de ne voir en l'idéologie que le reflet de la situation économique qu'une névrose collective nourrit: Soutiens et abstiens-toi sur Terre, Dieu t'ouvrira son paradis. Freud reprendra cette idée de névrose qu'il développera à travers la notion d'inconscient psychique, radicalement contestée par les existentialistes, tels que Sartre ou Alain, pour qui l'idée d'un inconscient freudien agissant et ayant un contenu propre est absurde: Comment un désir inconscient, donc inconnu, serait susceptible d'être refoulé par ma conscience? La conception de Freud du psychisme humain n'en reste pas moins séduisante: Un moi, régit par un principe de réalité, sans cesse tourmenté par un surmoi dont la satisfaction interviendrait lors des rêves qu'il serait possible d'interpréter à travers une kyrielle de symboles. Elle permet d'approcher les lapsus, les actes manqués et les comportements hystériques sans toutefois pouvoir toujours percer leur long travail d'élaboration, c'est à dire le déguisement du désir refoulé de manière à échapper à la censure de la conscience. On peut donc voir que le sujet conscient, parce qu'il est présence au monde, ne parvient jamais vraiment à se dérober aux déterminismes sociaux, historiques, et psychologiques qui l'orientent profondément. |
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MJP Habitué
Inscrit le: 24 Oct 2004 Messages: 8
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Posté le: Mar 02 Nov, 2004 17:05 32 Sujet du message: Ni réponse... ni correction... |
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Je vous ai lu avec beaucoup d'intérêt. Peut-être faut-il développer davantage certaines pistes... en articulant plus clairement l'ordre des questions...
(Par exemple en faisant une place au concept bachelardien d'obstacle épistémologique).
Mais il est préférable que vous jouiez maintenant comme une sorte de "va tout".
Peut-être encore quelques remarques.
1 C'est un trait d'humanité, par rapport au monde animal, que de douter de l'adéquation de nos représentations à la réalité. L'homme serait un animal qui doute. C'est là, souvenons-nous, le point de départ du concept d'ego transcendantal. Nous prenons conscience que... la conscience peut nous tromper. (Voir la théorie spinozienne de la connaissance... des différents genres... de l'idée vraie)
2 Autrement dit, d'un point de vue méthodologique, il est nécessaire que nous cherchions systèmatiquement en quoi la conscience ne nous installe qu'illusoirement dans un rapport transparent à l'être. (Qu'il s'agisse de soi ou de "l'autre" au sens hégelien.)
3 Au reste, chez Hegel, il est précisément question d'une histoire du "phénomène" comme menant progressivement, à travers une succession de crises dépassées, vers le savoir absolu. (Conscience artistique, conscience religieuse, conscience philosophique...)
4 A la suite regarder chez Foucault la notion - doublement issue des "contraires" que sont Nietzche et Hegel - d'épistémé.
5 Il faudrait aussi... regarder du côté de la théorie de l'évidence...
Mais tout ceci ne fait "qu'aggraver" le problème. Si c'est "après coup" que la conscience se découvre comme source de "tromperie" peut-être faut-il renoncer à la construction selon laquelle la conscience humaine est la conscience d'un être par nature soucieux de la vérité! (On retrouve Nietzsche... )
Pourtant on ne peut nier l'importance de l'exigence d'authenticité, de véracité... Et Nietzche lui-même est soucieux de vérité...
En fait la question qui vous a été posée conduit à s'interroger sur le sens même de l'entreprise philosophique et du rapport à la vérité.
J'espère que je ne vous mène pas dans un labyrinthe... Et vous souhaite des ailes d'Icare pour sérier les questions qui s'envolent.
PS Peut-être faudrait-il s'attacher à montrer que la conscience ne peut s'appréhender que dans des situations... et celles-ci sont diverses. (Conscience morale, politique, "épistémologique" etc.)
Les Méditations de Descartes relatent par exemple une certaine mise en situation de l'activité consciente et réfléchie. (---> Réflexion!) |
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