Didier GIL Novice
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Posté le: Mar 19 Aôu, 2003 00:12 05 Sujet du message: Éthique universaliste, politique révolutionnaire. P.Quintili |
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Éthique universaliste, politique révolutionnaire.
Un rapport, un problème ouvert.
Diderot, Raynal, Kant
par P. Quintili
La question qui nous semble capitale, par rapport au sujet de notre rencontre: «l'idée de Révolution: quelle place lui faire au XXIe siècle?», est celle de la redéfinition de la (ou les) fonction(s) idéologique(s) de l'éthique par rapport à une politique actuelle qui 1/ se veut révolutionnaire tout court, ou 2/ du moins, s'inspire à un modèle de type révolutionnaire. L'exemple des positions philosophiques de Diderot, Raynal et Kant nous permet de cerner historiquement un moment précis – la période de crise de l'ancien régime à la fin au XVIIIe siècle et la Révolution de '89 – où les enjeux idéologiques de l'éthique émergent de façon évidente. D'une part, chez Diderot, se présentent deux fronts idéologiques conflictuels: maître contre valet et homme civilisé contre homme «sauvage«, c'est-à-dire: citoyen (sujet) pourvu de droits et homme (sujet) privé de droits (Jacques le fataliste, Supplément au Voyage de Bougainville etc.). La tâche de l'éthique est celle de trouver un registre de conciliation des conflits qui atteigne l'universalité concrète: ni maître, ni esclave, ni civilisation corrompue, ni état de nature, il s'agit d'affranchir une classe d'hommes contre leurs oppresseurs et de libérer tous à la fois. D'autre part, dans l'Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes (1770-1774-1780), l'abbé G.-Th Raynal (1713-1796) donne représentation politique à ce conflit, qui se présente cette fois-ci – précisément dans les pages de la Contribution que Diderot même lui fournit – comme étant insoluble hors d'un affrontement révolutionnaire (c'est l'invocation célèbre: «Où est-il ce Spartacus nouveau, qui ne trouvera point de Crassus ? [éd. 1774] Où est-il ce grand homme que la nature doit à ses enfants vexés, opprimés, tourmentés? Où est-il? Il paraîtra, n'en doutons point…»). Et pourtant, c'est au nom d'une éthique cosmopolite de la fraternité et de la solidarité universelle que le témoignage de l'Histoire des deux Indes a pu se constituer, plus tard (1789-1794), comme un modèle pour les révolutionnaires anti-esclavagistes du «Club des amis des Noirs». Dernièrement, chez le Kant du Conflit des facultés (1798) et du Projet de paix perpétuelle (1795) – une philosophie qui propose le modèle le plus raffiné d'une éthique de type universaliste – ce rapport problématique investit ici la notion générale de «droit» et s'annonce dans les termes d'un «paradoxe de la politique» (A. Tosel): le droit s'inaugure et se présente, dans l'histoire, par les moyens du non-droit. Diderot et Kant, à la différence de l'«Abbé des Deux Indes» en 1791, n'ont pas reculé devant ce paradoxe, qui demeure, aujourd'hui, comme un défi et un problème ouvert. Le problème, en dernière instance, de la démocratie des droits de l'homme.
BIBLIOGRAPHIE
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Réponse du professeur Kant de Königsberg à l'abbé Sieyès de Paris (apocryphe) 1796, trad. fr. par M. Lafoux, Préfaces d'A. Philonenko et Y. Somet, Postface d'A. Tosel, Paris, Éditions de l'aube, 1995.
E. Sieyès, Qu'est-ce que le Tiers Etat ?, Préface de J. Tulard, Paris, PUF, 1982.
M. Robespierre, Ecrits, présentés par C. Mazauric, Messidor/Éditions sociales, 1989.
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–, Philosophie de la Révolution française. Précédé de Montesquieu, Paris, Gallimard, 1956.
– E. G. Sledziewski, Idéaux et conflits dans la Révolution française. Études sur la fonction idéologique, Paris, Klincksieck, 1986.
–, Révolutions du sujet, Paris, Klincksieck, 1989.
La Révolution mise à nu par ses écrivains, même, numéro spécial de la revue «Europe«, 66e année, n° 715-716, novembre-décembre 1988.
B. Didier, La littérature de la Révolution française, 2e éd., Paris, PUF, 1989.
A. Tosel, Kant révolutionnaire. Droit et politique, 2e éd., Paris, PUF, 1990.
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R. Tarin, Le théâtre de la Constituante ou l'École du peuple, Paris, Honoré Champion, 1998.
–, Diderot et la Révolution française. Controverses et polémique autour d'un philosophe, Préface de R. Desné, Paris, Honoré Champion, 2001.
P. Quintili, La pensée critique de Diderot. Matérialisme, science et poésie à l'âge de l'Encyclopédie. 1742-1782, Paris, Honoré Champion, 2001, chap. 8, p. 425-488: «La communauté du désir. Critique politique, droit, économie». _________________ Didier GIL
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