Eric Puisais SCP

Inscrit le: 30 Oct 2002 Messages: 28 Localisation: Chauvigny / Paris /Montréal
|
Posté le: Lun 27 Jan, 2003 10:10 26 Sujet du message: Dissonance et décadence : des révol. en musique, A. Infanti |
|
|
Résumé de la communication de M. Andrew INFANTI
Dissonance et décadence : le cas paradoxal
des révolutions esthétiques en musique
(Rameau, Wagner, Schönberg)
Andrew INFANTI - University of California-San Diego, U.S.A.
La grande révolution du vingtième siècle au sein de la musique savante, « l’émancipation de la dissonance » annoncée par Schönberg, procède à la fois d’une rupture totale et d’un long effondrement qui a rendu moins contraignantes les règles de base de la composition. De nombreuses discussions philosophiques sur la musique portent sur cette corrélation entre une telle « décadence » et les combinaisons sonores dites « dissonantes ».
La polémique entre Rousseau et Rameau montre que, dès l’apparition de règles fixes (dans le Traité de l’Harmonie, par exemple) au début du dix-huitième siècle , une dégénérescence s’insinue, dès lors, notamment, que ces mêmes règles cherchent un moyen de tromper l’oreille en autorisant des harmonies cachant des dissonances habituellement proscrites.
Nietzsche, dans Le cas Wagner, s’inquiète de ce qu’un pareil leurre auditif puisse passer inaperçu à la fin du dix-neuvième siècle. Wagner a su transformer la pente raide de la catharsis tragique (à laquelle la musique donne peut-être son équivalent sous la figure par laquelle la dissonance est différée, selon une dialectique sous-jacente dans le système tonal entre tension et détente) au point que l’auditeur ne s’attend plus à ce qu’une dissonance soit résolue. Ce jeu « décadent » purement formel laisse penser qu’une endémie sévit parmi les auditeurs.
L’émancipation promise par Schönberg, et peut-être mise en œuvre par sa méthode dodécaphonique, s’avéra libérer une dissonance historique qui n’était point en position dominée à l’époque, mais semblait pourtant avoir besoin de rencontrer quelque entrave. C’est dans les œuvres ouvertement décadentistes comme Le livre des jardins suspendus et Pierrot lunaire que Schönberg parvient à accomplir sa révolution en miniature. La dissonance doit reprendre un peu de sa monstruosité avant de se trouver présentée comme naturellement innocente. Vue à travers les écrits philosophiques qui abordent l’idée de la dissonance, la révolution de Schönberg semble constituer la semence d’une décadence permanente. Sans rapport aucun avec le « spectre qui hante l’Europe » de Marx, cette révolution emprunte plutôt son discours à Flaubert lorsque, dans La tentation de Saint Antoine, la Mort dit à la Luxure: « C’est moi qui te rends sérieuse ! Enlaçons-nous ! » _________________ Eric Puisais
La Garnière
86300 Chauvigny
0549569511
0609533347
ericpuisais@wanadoo.fr |
|