Didier GIL Novice
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Posté le: Jeu 06 Fév, 2003 03:03 32 Sujet du message: Dans les philosophies & sciences du langage, C. Stancati |
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Voici le projet de communication de Madame Claudia Stancati, Università della Calabria :
Paradigmes et révolutions dans les philosophies
et dans les sciences du langage.
Claudia STANCATI
Université de Calabre
Le domaine des sciences et des philosophies du langage semble donner lieux plutôt à des antinomie de la "raison linguistique" (que l'on pense à Chomsky et à Churchland versus Whorff et Saussure ou à l'opposition entre herméneutique et philosophie analytique du langage) qu'à un véritable progrès conquis grâce à une révolution scientifique et/ou épistémologique. Il est donc question d'établir si dans l'étude du langage il y a quelque chose, l'objet ou la méthode, qui puisse être soumis à une science qui connaît des révolutions. L'on peut suivre deux voies différentes, celle de la transformation de l'objet tel que langue et parole ou faculté de langage, et celle du changement de la méthode. Au différents détours de ces voies de recherche on va trouver différentes révolutions.
Du point de vue de l'objet conçu en tant que « langue », « parole », les sciences et les philosophies du langage doivent enregistrer trois grandes révolutions : celle de l'avènement des écritures, celle de la grammatisation et celle de l'informatisation (c'est la voie qui a été explorée entre autres par exemple par Sylvain Auroux).
C'est du point de vue de la « faculté de langage » que le regard perçant qu'on jette sur un objet de plus en plus détaillé produit une révolution dans la méthode.
C'est Saussure qui propose une première grande révolution antinaturaliste dans les sciences du langage, mais la philosophie ou pour mieux dire les problèmes philosophiques et les sciences humaines subissent aujourd'hui l'attaque des naturalisateurs, qui est d'autant plus acharnée face au langage et à ses différents aspects dont on ne saurait nier les racines naturelles. Mais si la philosophie du langage se rapproche si près des sciences, quel rôle faut-il accorder aux notions qui marquent profondément l'histoire des sciences, telles que celles de cause, de paradigme et de progrès scientifique ?
Parmi tous les objets de connaissance qu'on a songé à naturaliser, le langage paraît celui qui s'oppose le mieux à cette perspective. Après la nouvelle saison révolutionnaire de l'innéisme imposé par la grammaire générative de Chomsky, c'est vraiment la poursuite à outrance du programme de naturalisation qui mène à la dernière révolution des sciences cognitives, lesquelles déplacent la limite du « langagier » vers ce qui est sémiotique latu sensu.
Le naturalisme me semble encore une fois une porte étroite pour les sciences du langage qui ne peuvent tirer parti de ce qu'on pourrait appeler avec Thomas Kuhn un « paradigme duel ».
Au moment où les sciences naturelles elles-mêmes cherchent de « nouvelles alliances » avec les sciences humaines pour pouvoir saisir les objets complexes, l'on peut songer à quitter une étude du langage comme ayant une seule dimension pour un « paradigme multiple » qui permettrait de gagner un jour, peut-être, ce « paradigme total » capable de nous montrer les « mondes simultanés » auxquels le langage appartient de droit et dont nous parle Nelson Goodman.
Références bibliografiques
Sylvain Auroux, Scrittura e grammatizzazione. Introduzione alla storia delle scienze del linguaggio, trad. it. Palermo, Novecento, 1998.
N. Chomsky, Linguaggio e probemi della conoscenza, trad. it Bologna, Il Mulino1998
Whorf, Linguaggio, pensiero e realtà, trad. it. Torino, Boringhieri, 1972
P. M. Churchland, La natura della mente e la struttura della scienza, trad. it. Bologna, Il Mulino, 1992.
N. Goodman, Vedere e costruire il mondo, trad. it., Roma-Bari, Laterza, 1978.
F. De Saussure, Corso di linguistica generale, trad. it. a c. di Tullio De Mauro, Roma-Bari, Laterza, 19928 |
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